La gonelle selon Harmand

Il existe un patron de gonelle dans l’ouvrage d’Harmand intitulé Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure [1]. Cela faisait longtemps que j’avais envie d’essayer de travailler à partir de ce modèle afin de voir s’il s’approche, en ce qui concerne le rendu final, encore davantage de ce que l’on voit sur les enluminures.

Choix du modèle

Comme nous l’avons vu dans le précédent article sur la gonelle[2], les enluminures représentent souvent les dames portant une gonelle de couleur noire ou rouge.
Possédant une cotte verte à manches courtes, j’ai souhaité travailler plus particulièrement sur cette enluminure et reconstituer la tenue présentée. Il s’agissait donc de reproduire le plus fidèlement possible le rendu de la gonelle de cette dame, à savoir des cornettes très largement saillantes en pointes sur les côtés, un guleron court revenant légèrement sur le devant des épaules, un liripipion très long et très fin et enfin, un « aplatissement »sur le sommet du crâne, à l’endroit où le liripipion retombe vers le bas.
En cherchant la laine adéquate pour réaliser un tel modèle, je cherchais plutôt un feutre de laine, bien rigide, car j’imaginais que c’était le seul moyen d’obtenir une bonne tenue pour les cornettes. Mais j’ai finalement opté pour une laine bouillie dont la couleur m’a plu, et qui présentait plutôt une excellente élasticité… Je n’ai pas regretté mon choix !

Création du patron

Harmand parle d’une gonelle en deux parties :
« Deux morceaux d’étoffe ainsi taillés étaient cousus l’un à l’autre, le long des lignes ABC et CDE. »
Cette méthode de confection est d’ailleurs attestée par les modèles trouvés lors des fouilles archéologiques[2] ainsi que par plusieurs enluminures de la période nous concernant, dont celle-ci :

J’ai commencé par imprimer le « patron » donné par Harmand dans son ouvrage[3] et j’ai mesuré mon tour de tête pour déduire le coefficient de multiplication des mesures entre Harmand et mon modèle sur la ligne pointillée BD. La solution me semblait alors être de faire un quadrillage pour reproduire les exactes proportions… pour me rendre compte, en définitive, qu’il était impossible de choisir cette méthode : en reprenant les mesures cette fois à partir de la longueur qu’il donne pour le liripipion (1 mètre), le tour de tête proposé par Harmand s’est avéré être beaucoup plus grand que le mien !! Ma crainte a été que cela ne fasse trop de fronces lors du serrage du lacet autour du crâne… !
Je suis finalement partie du patron de ma précédente gonelle (modèle rouge et noire) et de la longueur que je souhaitais donner à mes cornettes, pour déduire et tracer un patron à main levée…

Confection

Harmand indique également que la gonelle est doublée sur seulement certaines parties, « La partie ABDEFG était doublée. »

Ce qui fait, entres autres choses si nous suivons les instructions, qu’elle n’est pas doublée sur le dessus de la tête. Ayant décidé de faire la doublure dans le même tissu pour une meilleure homogénéité de rendu, j’ai donc tracé une seconde forme correspondante, puis taillé les 4 pièces.

Je suis passée à l’assemblage des deux pièces de la gonelle, puis des deux pièces de la doublure. Le liripipion a été taillé de manière à ce qu’il soit très étroit et fin, puis je l’ai cousu sur la gonelle. Je l’ai cousu à la main tout le long, sur l’extérieur, car je savais qu’il était trop fin pour être cousu sur l’envers puis retourné…
La gonelle et la doublure ont alors pu être assemblées en cousant tout le rebras et le devant du guleron sur l’envers. J’ai ensuite retourné l’ensemble et cousu au point avant sur le bord afin d’aplatir la couture, ce qui donne un effet décoratif par la même occasion !

C’était le moment de procéder aux couture de finitions, c’est à dire que toutes les coutures intérieures ont été rabattues et cousues pour cacher et protéger le bord franc du tissu afin qu’il ne s’effiloche pas. Le point est fait de telle manière qu’il soit invisible de l’extérieur.
Puis j’ai fermé le guleron, d’abord au point glissé pour assembler la gonelle et la doublure, puis en faisant là également une couture au point avant pour aplatir la couture d’assemblage.

La doublure a été cousue sur la gonelle de façon à ce que cela forme une coulisse dans laquelle faire passer le lien qui sert à ajuster la têtière de la gonelle sur la tête :
« Une coulisse BD, représentée sur notre patron par des lignes pointillées et dans laquelle passait un cordon, resserrait plus ou moins la têtière de façon à lui faire prendre la forme de la tête. »
Cette couture est faite elle aussi au point avant, ce qui permet de la rendre visible et décorative.

Conclusion

Côté pratique, à l’essayage je n’ai pas regretté, ainsi que je le disais précédemment, d’avoir choisi une laine bouillie en lieu et place d’une laine feutrée… En effet, grâce à son élasticité la têtière s’ajuste très bien sur la tête, un peu à la façon d’un bonnet, et ainsi elle tient correctement, même sans cale en dessous.
Pour le rendu esthétique, ensuite, cette gonelle correspond vraiment à ce que je souhaitais réaliser pour cette fois. Ce fut très enrichissant d’utiliser le patron de Harmand car il permet d’obtenir un modèle plus complexe et plus travaillé au niveau de la réalisation et de l’aspect, et en même temps, il reste simple à confectionner.
Il m’a permis d’obtenir enfin un beau rebras avec des cornettes bien saillantes comme je les voyais sur certaines enluminures, dont celle-ci :
_

De même, j’ai pu obtenir un bon aplatissement sur le dessus du crâne, du à l’angle d’ancrage oblique (B) du liripipion sur la gonelle (non plus à l’horizontale (A) de la gonelle comme sur mes précédents modèles).

Enfin, le guleron fait un léger retour sur la gorge, toujours comme sur les enluminures sur lesquelles je me suis basée pour ce modèle. L’effet est très agréable, mais c’est un point de difficulté pour le porter car le guleron a tendance à ne pas tenir en place, et il nécessitera certainement un épinglage sur la robe.

_

Soline Anthore

Notes :
[1] HARMAND, Adrien, Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure, éd. Ernest Leroux, Paris, 1929
[2] http://www.compagnons-duellistes.fr?p=76
[3] HARMAND, Adrien. Jeanne d’Arc, ses costumes, son armure, Librairie Ernest Leroux, Paris, 1929, p. 394.

Cette entrée a été publiée dans Costume. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>