Recherches autour du chaperon de femme ou « gonelle »

On pense que le chaperon serait issu d’une évolution de la cape avec capuche, qui au fil du temps, aurait diminué en longueur pour ne plus couvrir que le haut du torse, formant ainsi un capuchon se terminant en une sorte de pèlerine appelée « guleron »… Il apparaît vers la fin du XIIe s. et continue d’être porté à la fin du XVe s. Selon les illustrations de Viollet le Duc, il s’agirait au départ d’une forme très simple, un cône s’évasant vers les épaules, avec juste une fente pour laisser passer le visage, qui va évoluer durant trois siècles en suivant la mode et les habitudes vestimentaires.Ce couvre-chef devient rapidement partie intégrante de la tenue vestimentaire quotidienne de l’époque. Il est adopté par les deux sexes, – même si d’un modèle unique pour les deux, on passe bien vite à des formes clairement différenciées pour les hommes et les femmes [1], et ceci, dans toutes les classes sociales. Les enluminures le mettent, en effet, en scène dans un large panel de contextes, allant du couvre-chef de la bourgeoise ou de la paysanne, à une sorte de coiffe informelle portée par les dames de l’aristocratie (même si ce sont les représentations les plus rares), les tissus servant à sa confection variant selon la richesse de sa propriétaire, de la laine à la soie doublée de fourrure précieuse, comme le montre une des planches du Codex Manesse [2], où l’on voit une femme assistant à un tournois et portant un chaperon rouge doublé de fourrure blanche mouchetée, peut-être de l’hermine…

Il peut être de toutes couleurs, mais plus souvent noir ou rouge, surtout pour les classes les plus aisées de la population. Toutefois, comme nous l’avons évoqué précédemment, et comme le prouve la série d’enluminures suivantes, il varie, en trois siècles, autant dans sa forme que sur la façon de le porter.

XIIIème s.

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[3] The Maciejowski Bible, env. 1244-1254. http://www.medievaltymes.com/courtyard/images/maciejowski/leaf17/otm17va&b.gif

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1300-1330

[4] Große Heidelberger Liederhandschrift (Codex Manesse), 1305-1340, Zürich, 192v. : Albrecht Marschall von Rapperswil. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/sammlung2/cpg/cpg848.xml?docname=cpg848&pageid=PAGE0380

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XIVème s.

[5] Aristote, Politique, Économique et Éthique, France, XIVe s., Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 204, fol. 336v. http://classes.bnf.fr/ema/grands/264.htm

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1400-1405

[6] Thomas III de Saluces, Le Chevalier errant, France (Paris), vers 1400-1405, Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 12559, fol. 167. http://classes.bnf.fr/ema/grands/059.htm
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1412-1416

[7] Herman, Jean et Paul Limbourg, Les très riches heures du Duc de Berry: Février, 1412-16, Musée Condé, Chantilly http://www.geocities.com/Vienna/Strasse/3356/fevrier2.htm

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1432

[8] Boccace, Le Décaméron, Flandres, 1432, Paris, BnF, Arsenal, manuscrit 5070 fol. 108v. http://expositions.bnf.fr/gastro/grands/136.htm

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XVème s.

[9] Aristote, Politique, Éthique et Économique, France, XVe siècle, Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 22500, fol. 6. http://classes.bnf.fr/ema/grands/167.htm
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fin XVème s.

[10] Martial d’Auvergne, Vigiles de Charles VII, France, fin du XVe siècle, Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 5054, fol. 3. http://classes.bnf.fr/ema/grands/073.htm

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On peut ainsi noter qu’aux XIIIe et XIVe s. il ressemble davantage à une sorte de cagoule, dont on replie plus ou moins l’ouverture autour du visage pour dégager la tête. Il cache complètement les cheveux, et il est porté par-dessus une coiffe de tissu blanc. Plus tard, on n’apercevra plus cette coiffe, probablement bien cachée sous le chaperon, et on verra parfois en revanche, une partie de la coiffure en dépasser. De même, avant le XIVe s. il ne semble encore pas posséder de long « liripipion », nom donné à la queue qui pend à l’arrière de la coiffe (on la devine en effet à partir de la troisième enluminure) aux XIVe et XVe s.

Egalement, pour y faire entrer les coiffures souvent élaborées des dames, il s’ouvre complètement sur le devant, fermant par un simple lacet venant l’assujettir sous le menton, ou bien avec un système de boutonnage.

Le guleron se raccourci peu à peu au cours du XIVe s., et au XVe s. et le système de fermeture semble disparaître, le chaperon étant essentiellement porté largement ouvert sur le devant. On obtient ainsi une coiffe élégante, avec une ample visagière ou « rebras », replis de tissu permettant de protéger le visage de la pluie ou du soleil, mais par coquetterie aussi, permettant de souligner le visage avec deux jolies pointes au niveau des joues, parfois même doublées d’une autre teinte[11] de tissu.

La manière de le porter est également variée, l’utilisatrice jouant entre les possibilités offertes par le tissu ample de la capuche, avec le rebras de plus en plus large au fil du temps, qui peut aller jusqu’à cacher le visage mais que l’on peut aussi plier, avec angles, sans angles, en rabattant plus ou moins les pointes, etc. pour mieux mettre en valeur le visage. Le liripipion permet lui aussi de s’amuser et de décliner mille et une façons de l’utiliser[12], servant à mieux fixer la capuche sur la tête[13] afin qu’elle ne tombe pas sur les yeux, en se nouant autour de la tête , faisant office d’écharpe par temps froid, en s’enroulant plusieurs fois autour du cou, etc. Et si il n’est pas utilisé, on le coince dans la ceinture afin qu’il ne traîne pas par terre, comme on le voit sur une enluminure[14].

Par temps de pluie ou en hiver, c’est là un couvre-chef idéal, mais dès qu’il fait beau, il tient plutôt chaud, c’est pourquoi Viollet le Duc le représente porté sur les épaules, comme une écharpe, ou encore, comme le montre cette enluminure[15], on le porte par coquetterie sur la tête, le liripipion encadrant souplement le visage pour mettre en valeur la coiffure.
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Selon les enluminures, il semble que ce soit souvent une pièce de costume portée avec une simple cote ou cotehardie, mais on voit parfois aussi des femmes représentées avec des atours bien plus riches ou élaborés portant le chaperon. Ainsi, vers la fin du XVe s., on peut même noter la présence de la petite boucle noire sur le front, alors très à la mode, probablement attachée à un bandeau permettant de fixer le chaperon lui-même afin qu’il ne bascule pas vers l’arrière, et portée avec un chaperon dont la forme continue d’évoluer[16] comme on le voit ici[17] sur la femme portant le chaperon rouge.

Notes :

[1] Le patron du modèle masculin a en fait peu évolué jusqu’au XVes., avec un long guleron et pas d’ouverture sur le devant. Ce seront plus les manières de le porter qui vont évoluer…

[2] Große Heidelberger Liederhandschrift (Codex Manesse), 1305-1340, Zürich, 192v. : Albrecht Marschall von Rapperswil.

[11] Grandes Heures de Rohan, Paris, BnF, Département des manuscrits, Latin 9471, fol. 85v.

[12] Ceci est d’ailleurs valable pour les modèles des deux sexes.

[13] On entoure le liripipion autour de la tête de la nuque au sommet du front et on cache cela sous le rebras.

[14] Livre d’heures de Charles d’Angoulême, fin XVè s.

[15] Illustration de St. Ursule et ses compagnes, dans un bréviaire italien, env. 1380, BnF, Département des manuscrits.
http://www.medievalbeads.com/docs/items/14th-beadheads.html

[16] Voir aussi Barthélemy l’Anglais, Le Livre des propriétés des choses, XVe siècle, Paris, BnF, Département des manuscrits Français 9140 fol. 361v.
http://expositions.bnf.fr/gastro/grands/062.htm

[17] Martial d’Auvergne, Vigiles de Charles VII, France, fin du XVe siècle, Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 5054, fol. 3.

Mes réalisations :

Première rencontre avec le chaperon féminin dit « gonelle » avec François BOURGEON…

J’ai commencé à m’intéresser au chaperon féminin il y a quatre ans, alors que je cherchais une coiffe pour couvrir mes cheveux lors des campements. Je cherchais à l’époque quelque chose de différent, quelque chose de plus que la simple coiffe de lin blanc nouée en turban sur la tête.
Inconditionnelle des Compagnons du Crépuscule de François BOURGEON[18], j’étais très tentée par le couvre-chef de Mariotte, dont le costume m’avais déjà inspiré puisque la bande dessinée se déroule à l’époque que j’avais choisi d’illustrer au travers de mon personnage[19]. Quelques recherches m’ayant à ce moment là permis de vérifier que F. BOURGEON avait vraiment représenté un élément de costume ayant réellement existé, il ne restait plus alors qu’à travailler.


[20-21]

Création du patron

Il fallait tout d’abord retrouver le patron. Les dessins des planches BD de F. BOURGEON m’ont été très utiles, ainsi que les photos prises par l’auteur pour Le sillage des Sirènes[22], car elles me permettaient de voir la coiffe[23] sous tous les angles et d’essayer d’en déduire les formes. Je cherchais également à suivre les lignes de coutures comme je les voyais sur les dessins. Mais je pense que j’aurais tardé plus longtemps à aboutir au patron adéquat sans l’article paru dans la revue Moyen Age[24] sur le chaperon masculin : j’ai en effet basé mon patronage sur mes observations personnelles de l’objet et les formes techniques proposées dans la revue. J’ai pu tracer le rebras, la forme de la nuque, le liripipion à partir du patron masculin, et ensuite déduire l’ouverture sur le devant et la forme du col, différente, au niveau du montage, des modèles de Londres ou de Herjolfsnes[25] car sans empiècement triangulaire pour donner l’aisance.

Mon patron

Reproduction du patron présenté par Adrien Harmand pour le chaperon masculin

http://lerozier.free.fr/chaperon.htm

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Déduction personnelle du patron du chaperon de Mariotte

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Herjolfsnes no.80

http://www.personal.utulsa.edu/~marc-carlson/cloth/hoods.html

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London Hood [150] <3401/34> TB76

http://www.personal.utulsa.edu/~marc-carlson/cloth/hoods.html

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Je suis ainsi arrivée à un gabarit papier que je pouvais adapter sur tissu.

Premiers résultats de confection

Pour mon premier essai en tissu, craignant d’avoir à tâtonner et à m’y reprendre en plusieurs fois pour obtenir un modèle correct, j’ai choisi une vieille pièce de tissu de velours côtelé vert qui ne valait ni ne craignait rien… Avec le recul, ce fut une petite erreur car le premier essai fut le bon, et je me suis retrouvée avec un chaperon de belle allure, mais d’un tissu tellement laid que je ne pouvais rien en faire !! Je suis tout de même allée jusqu’au bout de ma couture afin de valider toutes mes déductions pratiques.

J’ai ainsi choisi de doubler mon chaperon afin que le rebras se tienne mieux et fasse vraiment cet effet de « cornette » autour du visage que j’avais observé à la fois sur les enluminures et sur le modèle de F. BOURGEON, bien que le chaperon de Mariotte, personnage plutôt pauvre, n’aie visiblement pas de doublure.

J’ai par contre reproduit exactement le même système de fermeture (visible sur la première vignette issue de la BD) : un lacet coulissant dans une glissière à l’intérieur du chaperon au niveau du col. Je me suis toutefois rendue compte que le poids du très long liripipion (bien visible sur la troisième vignette de Mariotte, et sur l’enluminure du Décameron (fol 304) tirait le chaperon en arrière et que ce lacet avait tendance à serrer assez désagréablement le cou, même en accrochant le liripipion dans à ma ceinture.

C’est pourquoi, lorsque je suis passée à une « vraie » réalisation dans un beau tissu, j’ai choisi d’essayer un autre type de fermeture, visible également sur un autre personnage de F. BOURGEON[26] et attestée par un modèle de chaperon retrouvé à Londres et datant de la fin du XIVe s. (il s’agit du modèle n°2047 présenté dans l’ouvrage anglais Textiles and clothings[27]), une fermeture avec une petite rangée de trois boutons métalliques et des « ansettes » cousues au bord du tissu en guise de boutonnières.

J’ai choisi une belle laine rousse avec beaucoup de tenue pour le dessus, et une laine plus souple, beige foncé pour la doublure, dans l’optique d’en faire un vêtement chaud. Le rendu fut satisfaisant, avec un tombé correct à l’encolure et un beau rebras encadrant le visage[28].A cette époque, je faisais cependant encore mes coutures à la machine apparentes, et il faudra un jour que je les refasse à la main.

Second modèle avec empiècement d’épaule

Pour tester tout de même le montage avec empiècement à l’épaule des modèle issus des fouilles archéologiques, j’ai ensuite imaginé une adaptation plus fidèle du patron du chaperon masculin, qui était lui aussi parfois utilisé par les femmes. En effet, si l’on regarde attentivement les quatre enluminures suivantes, on y voit très bien une forme de chaperon plus long, soit complètement fermé, soit ouvert sur le devant :


[29-30]


[31-32]


Les recherches que j’ai pu effectuer sur les enluminures me font toutefois penser que cette forme plus longue est plus ancienne puisque passé 1350, je n’ai actuellement pas retrouvé d’illustration de ce type de chaperon porté par les femmes. Pour ne pas trop m’éloigner de l’optique de la fin du XIVe s./début XVe, j’ai donc privilégié l’ouverture complète sur le devant, caractéristique de la version féminine de cette coiffe et conservé le long liripipion du patron. J’ai également copié, sur le modèle de Londres, la longue rangée de boutons très serrés sur le devant (que l’on distingue aussi sur l’enluminure du Décameron de Boccace – voir plus loin – fol. 215v). Une fois encore, j’ai utilisé la technique des ansettes en guise de boutonnières.

La laine violine (la même que celle utilisée pour confectionner ma cape) choisie est assez épaisse mais très souple, j’ai donc décidé de la doubler en cotonnade noire afin de rigidifier l’ensemble, et en même temps ne pas épaissir davantage la coiffe. Et cette fois-ci, toutes les coutures à la machines sont cachées, et toutes les finitions ont été faites à la main. Des coutures de décorations au point avant ont été faites avec du fil à broder de couleur contrastante le long du rebras et et au point de chausson en bas du « guleron »[33] couvrant les épaules.

Il s’agit là plus d’un chaperon se portant fermé devant, un peu comme une capeline, ce qui en fait une coiffe idéale pour l’hiver car son large guleron garde bien au chaud les épaules et la gorge.

Pour un modèle un peu plus « riche »

Passant à la confection d’une tenue plus bourgeoise, celle d’une femme d’artisan en ville, j’en ai déduit qu’il fallait que je trouve une coiffe assortie. Or, si j’ai bien trouvé des illustrations du XVe s. proposant des modèles en fin tissu blanc un peu plus raffinés que la coiffe de lin simplement nouée, je n’ai rien trouvé de convaincant pour la fin du XIVe s., ce qui fait que j’en suis restée sans complexe à ma passion pour les chaperons, et que je me suis lancée dans un nouveau projet de réalisation !

Des recherches plus poussées m’ont permis de définir un modèle différent des précédents, cadrant plus avec un personnage de statut plus élevé, et pouvant convenir pour la toute fin du XIVe s. jusqu’au milieu du XVe.
Il apparaissait tout d’abord que les chaperons plus tardifs avaient beaucoup de tenue, avec un rebras visiblement rigide et très écarté de chaque côté des joues. J’ai même trouvé cette enluminure [34] représentant une fillette à la fin du XVe s., avec un chaperon noir dont les pointes du rebras remonte complètement au-dessus de la tête… ! Pour cette raison, il me fallait utiliser un lainage qui garde bien ses formes, avec une bonne tenue.

Notant que les couleurs les plus utilisées, surtout dans le cas de tenues plus « riches », étaient le rouge et le noir, je suis donc partie en quête de feutre de laine noire pour un bon maintien en forme, mais cela semble malheureusement être un matériaux difficile à trouver,et j’ai du choisir un drap de laine assez rigide en décidant de le doubler pour plus de tenue. Comme je me souvenais d’avoir croisé, lors de mes recherches, la représentation [35] d’un chaperon noir doublé de rouge, j’ai décidé d’utiliser cette combinaison de couleurs en choisissant de faire une doublure en lin rouge.
Et je décidais, pour une meilleure tenue, d’armer le bord du rebras avec un lacet confectionné à la lucette dans un coton assez épais et bien serré, qui me semblait susceptible de faire une bonne armature à la fois souple et rigide et qui serait invisible, pris dans la couture laine/doublure.
Se posait ensuite, une fois les couleurs et les matériaux choisis, la question de la coupe : quel rendu final allais-je décider de reproduire ? J’ai été assez séduite par les enluminures montrant un guleron très largement ouvert sur le devant, disparaissant presque derrière le cou, comme sur le modèle noir. Parmi les modèles les plus modestes, le guleron pouvait d’ailleurs être complètement inexistant comme on le voit sur le modèle blanc.
Voulant faire un modèle un peu plus riche, mais pas non plus aristocratique, j’ai choisi un moyen terme entre les deux coupes. J’ai trouvé dans le Medieval Costume in England and France de Mary G. Houston un patron pouvant m’aider à créer le modèle souhaité, et après plusieurs essais, je suis parvenue à ce résultat, avec un large rebras ne montant pas trop haut de chaque côté du visage, et un guleron « atrophié » sans angle, qui est caché derrière le cou tout en laissant apercevoir un peu de couleur rouge au niveau de la nuque.

Je souhaitais également reproduire un effet « carré » au niveau du rebras [36] puisque la plupart des chaperons semblent formés en angles de chaque côté du front, donnant au rebras ce tombé caractéristique. Il me fallait aussi trouver le moyen de parvenir à un chaperon suffisamment ajusté pour qu’il tienne bien sur la tête sans système de fermeture au cou. Je connaissais le patron d’Adrien Harmand[37], même si je ne l’avais pas encore testé, et j’ai cherché le moyen d’en reproduire les courbures.
Mais comme je travaillais toujours à partir d’un patron en une seule pièce, je ne pouvais pas courber sur le long d’une couture au milieu de la tête ! De plus cette couture aurait, selon moi, plutôt fait un angle sur le sommet du crâne. J’ai donc confectionné des pinces discrètes de chaque côté du front, qui permettent à la fois d’ajuster la chaperon sur la forme de la tête, et aussi de forcer la laine à se plier à ces deux endroits pour former les angles désirés.
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Et puisque l’on n’arrête pas le progrès… j’avais toujours été plus ou moins ennuyée, avec mes chaperons, par le poids du liripipion qui avait tendance à entraîner l’ensemble vers l’arrière, même une fois coincée dans la ceinture. De plus je n’étais pas satisfaite du rendu de ma coiffe de lin blanc sous mon chaperon puisque le nœud faisant une grosse masse inélégante au-dessus de la tête… Pourtant, si l’on regarde l’illustration de la Bible Maciejowski ou du Codex Manesse, on voit bien que, nobles ou paysannes, les femmes portent une coiffe blanche sous leur chaperon, afin de cacher les mèches rebelles des cheveux.
Ayant une cale de toile beige qui ne servait à rien ni personne, et ayant lu quelque part qu’au XIVe siècle, cette coiffe fut plutôt utilisée comme serre-tête porté sous le chaperon, sans être attachée sous le menton, j’ai eu l’idée d’adapter la cale à ma tête, d’y faire 2 pinces à l’arrière pour que mes cheveux soient bien cachés et maintenus en dessous, et de la nouer sur la nuque. J’ai ainsi obtenu une coiffe très discrète me permettant d’ajuster mon chaperon, et sur laquelle je peux même l’épingler discrètement pour un meilleur maintien.

Cette fois je n’ai cousu à la machine que la grande longueur du liripipion. Toutes les autres coutures, même celle qui ne se voit pas et qui sert à maintenir le lacet armant sur le bord du rebras, sont faites à la main. Je ne voulais pas non plus que les pinces se voient trop. Dans la laine noire, elles sont finalement assez discrètes, mais je savais que sur le lin rouge, elles se verraient beaucoup, ce qui fait que j’ai choisi de ne pas faire de pinces sur le lin. Ce fut donc un travail de patience et tout un jeu d’épingles pour ajuster le lin sur la laine, en suivant les courbes données par les pinces, sans faire de faux-plis, afin que rien ne soit visible sur le rebras. Ce fut long, mais le résultat est concluant !
Et pour un fini plus sobre et plus raffiné, je n’ai pas souhaité faire de points décoratifs, l’effet rendu par la laine noire en contraste avec le lin rouge me semblant correspondre au résultat recherché.

Porté avec le cale ajusté sur les cheveux, c’est finalement un chaperon qui a une assez fière allure, et qui peut être porté avec des atours un peu plus sophistiqués. Par contre, avec le système de guleron très réduit et la large ouverture sur le cou, je perds le côté protecteur et chaleureux des premier et deuxième modèle : il ne reste plus que le liripipion qui puisse s’enrouler autour du coup comme une écharpe.

Conclusion

Et maintenant, me direz-vous ? Chut… Ne l’ébruitez pas, mais il me reste encore quelques petits essais à confectionner pour parfaire mes recherches sur le chaperon féminin, entre autres concernant le patron d’Harmand, et si vous venez visiter de nouveau notre site dans quelques temps, il se pourrait bien qu’il y ait du nouveau à ce sujet !

Soline Anthore

Notes :
[18] François BOURGEON, Les Compagnons du crépuscule, tome 1 : Le Sortilège du bois des brumes – tome 2 : Les Yeux d’étain de la ville glauque – tome 3 : Le Dernier chant des Malaterre, Ed. Casterman, année.
[19] Selon le « Tableau synoptique du récit des Compagnons du Crépuscule et des évènements historiques entre 1252 et 1350″ publié Dans le Sillage des Sirènes, p. 7, l’action se déroule en l’année 1350.
[20] Enluminure : Pontifical de Sens, France, XIVe siècle, Paris, BnF, département des Manuscrits, Latin 962, fol. 219
[21] Enluminure : Boccace, Le Décaméron, Flandres, 1432, Paris, BnF, Arsenal, manuscrit 5070 fol. 304
[22] Michel THIEBAUT, Les Compagnons du crépuscule, hors série : Dans le sillage des sirènes, Ed. Casterman, année. La genèse de son œuvre ainsi que les recherches sérieuses qu’il a pu effectuer pour mener à bien sa bande dessinée y sont largement expliquées.
[23] THIEBAUT, Michel, Les Compagnons du crépuscule, hors série : Dans le sillage des sirènes, Ed. Casterman, 1993, p. 43.
[24] BERNAGE, George, Le chaperon de deuil, in Moyen-Age, n° 13, Novembre-décembre 1999, p. 24.
[25] http://www.personal.utulsa.edu/~marc-carlson/cloth/londhd1b.html
[26] BOURGEON, François, Les Compagnons du crépuscule, tome 3 : Le Dernier chant des Malaterre, Ed. Casterman, 1993.
[27] Elisabeth Crowfoot, Frances Pritchard et Kay Staniland, Textiles and Clothing : Medieval Finds from Excavations in London, c.1150-c.1450, Boydell Press, New Ed, 2004.
[28] Je n’aurais jamais imaginé cela, mais ce chaperon a même été choisi pour illustrer, avec d’autres, l’article de la revue Moyen Age sur le chaperon féminin !
[29] The Maciejowski Bible, env. 1244-1254.

http://www.medievaltymes.com/courtyard/images/maciejowski/leaf17/otm17va&b.gif
[30] Aristote, Politique, Économique et Éthique, France, XIVe s., Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 204, fol. 336v. http://classes.bnf.fr/ema/grands/264.htm
[31] Große Heidelberger Liederhandschrift (Codex Manesse), 1305-1340, Zürich, 192v. : Albrecht Marschall von Rapperswil.

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/sammlung2/
cpg/cpg848.xml?docname=cpg848&pageid=PAGE0380
[32] The Luttrell Psalter (British Museum MS. ADD. 42130), 1340s, 163v. http://ibs001.colo.firstnet.net.uk/britishlibrary/controller/subjectidsearch?id=9780&start=0&idx=2
[33] Terminologie : George BERNAGE, Le chaperon de femme, in Moyen-Age, n° 15, mars-avril 2000, p. 48-49.
[34] Barthélemy l’Anglais, Le Livre des propriétés des choses, France (Anjou, Maine), XVe. http://classes.bnf.fr/ema/grands/194.htm
[35] Grandes heures de Rohan, Paris, BnF, département des Manuscrits, Latin 9471, fol. 85v. http://classes.bnf.fr/ema/grands/ca066.htm
[36] Barthélemy l’Anglais, Le Livre des propriétés des choses, France (Anjou, Maine), XVe siècle, Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 135, fol. 193. http://classes.bnf.fr/ema/grands/379.htm
[37] BERNAGE, George, Le chaperon de femme, in Moyen-Age, n° 15, mars-avril 2000, p. 48.

Bibliographie :

BERNAGE, George, Le chaperon de femme, in Moyen-Age, n° 15, mars-avril 2000, p. 48-49.

BOURGEON, François, Les Compagnons du crépuscule, tome 1 : Le Sortilège du bois des brumes – tome 2 : Les Yeux d’étain de la ville glauque – tome 3 : Le Dernier chant des Malaterre, Ed. Casterman, 1993.

HOUSTON, Mary G., Medieval Costume in England and France: The 13th, 14th and 15th Centuries, Dover Publications, 1996

THIEBAUT, Michel, Les Compagnons du crépuscule, hors série : Dans le sillage des sirènes, Ed. Casterman, 1993.

THURSFIELD, Sarah, Medieval Tailor’s Assistant: Making Common Garments 1200-1500, Costume & Fashion Press, 2001.

VIOLLET LE DUC, Eugène-Emmanuel, Encyclopédie médiévale, Bibliothèque de l’ Image, 2004.

Principaux sites ressources :

http://www.geocities.com/karen_larsdatter/hoods.htm#2 « Medieval Hoods » Nombreux liens vers des sources médiévales représentant le chaperon masculin, le chaperon féminin, et des liens vers des sites proposant des patrons de chaperon.

http://www.personal.utulsa.edu/~marc-carlson/cloth/hoods.html « Some Clothing of the Middle Ages – Hoods, Chaperons and Liripipes », par I. Marc Carlson. Patrons commentés des modèles de chaperons retrouvés lors des fouilles archéologiques à Londres et Herjolfsnes.

http://classes.bnf.fr/ema/index.htm « L’enfance au Moyen-Age » Dossier pédagogique de la Bibliothèque Nationale de France

http://expositions.bnf.fr/gastro/index.htm « Gastronomie médiévale » Exposition virtuelle de la Bibliothèque Nationale de France

http://www.kfki.hu/~arthp/index.html « Web Gallery of Art » Galerie d’art en ligne, de 1150 à 1800, avec recherche par auteur, titre et période.

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/sammlung2/allg/cpg.xml?docname=cpg848 « Große Heidelberger Liederhandschrift (Codex Manesse) » Toutes les planches du Codex reproduites et référencées.

http://www.medievaltymes.com/courtyard/maciejowski_bible.htm « Maciejowski Bible » L’histoire du manuscrit, et toutes les planches reproduites et référencées.

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Une réponse à Recherches autour du chaperon de femme ou « gonelle »

  1. P. Bousquet de Rouvex dit :

    Bonjour, je vous signale que cette coiffure était portée par les hommes bien avant le XIIe siècle puisque en travaillant sur mon arbre généalogique, je trouve un personnage appelé Geoffroy I Grisegonelle qui devait vraisemblablement son surnom à ce couvre-chef. Il a vécu au Xe siècle. Cf. : http://sbaldw.home.mindspring.com/hproject/prov/geoff001.htm

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